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Alexandre Bigot-Joly, Avocat associé INFLUXIO
INFLUXIO AvocatsAlexandre Bigot-Joly
Avocat associé4 min de lectureMis à jour le

Comment faire supprimer un contenu illicite sur Google ou Instagram : DSA vs LCEN.

Depuis l'application du règlement européen sur les services numériques, la procédure de retrait des contenus illicites a changé de logique : notification directe à la plateforme, décision motivée obligatoire, voies de recours ouvertes. Nous détaillons dans cet article la marche à suivre, les mentions à faire figurer dans la notification et les recours possibles en cas de refus.

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§En bref

Comment faire supprimer un contenu illicite sur Google ou Instagram ?

La suppression s'obtient par une notification adressée à l'hébergeur au titre de l'article 16 du règlement sur les services numériques (DSA) : depuis février 2024, il n'est plus nécessaire de s'adresser d'abord à l'auteur du contenu. La notification doit désigner l'URL exacte, exposer précisément en quoi le contenu est illicite, identifier son auteur et comporter une déclaration de bonne foi. La plateforme doit alors répondre par une décision motivée, et sa responsabilité est engagée si elle maintient un contenu manifestement illicite régulièrement notifié.

Expertise INFLUXIO

Le Digital Services Act (DSA), entré en vigueur le 16 novembre 2022 et applicable depuis le 17 février 2024, marque un tournant majeur dans la régulation des services numériques au sein de l’Union européenne.

Cette évolution législative transforme en profondeur le régime de responsabilité des hébergeurs, notamment à travers ses articles 6, 16 et 17 tout en simplifiant considérablement les procédures de signalement des contenus illicites.

01

Comment signaler un contenu illicite à une plateforme depuis le DSA ?

Le DSA opère une rupture fondamentale avec le régime précédent en ce qui concerne les modalités de notification des contenus illicites.

Sous l’empire de la LCEN (Loi sur la Confiance dans l’Economie Numérique du 21 juin 2004), la procédure de notification imposait une démarche préalable auprès de l’auteur du contenu litigieux avant tout signalement à l’hébergeur.

Cette exigence, qui visait théoriquement à privilégier la résolution amiable des litiges, s’était révélée en pratique comme un obstacle majeur à l’effectivité de la lutte contre les contenus illicites.

Le nouveau cadre européen supprime cette obligation de notification préalable à l’auteur.

Cette évolution marque une volonté claire du législateur européen de privilégier l’efficacité et la rapidité dans le traitement des contenus problématiques.

Désormais, les victimes ou témoins de contenus illicites peuvent directement s’adresser à l’hébergeur, réduisant ainsi considérablement les délais de traitement et augmentant l’efficacité des signalements.

Depuis le 17 février 2024, il n'est plus nécessaire de s'adresser d'abord à l'auteur du contenu : la notification peut être adressée directement à la plateforme.

En un coup d'œil

Notification d'un contenu illicite : ce que le DSA a changé par rapport à la LCEN

  • Démarche préalable auprès de l'auteur

    Régime LCEN (2004)
    Exigée avant toute notification à l'hébergeur
    Régime DSA (2024)
    Supprimée : la plateforme peut être notifiée directement
  • Seuil de retrait

    Régime LCEN (2004)
    Contenu manifestement illicite
    Régime DSA (2024)
    Contenu illicite, la notion de manifestement illicite subsistant au considérant 63
  • Réponse de la plateforme

    Régime LCEN (2004)
    Aucune obligation générale de motivation
    Régime DSA (2024)
    Décision motivée obligatoire au titre de l'article 17
  • Voies de recours

    Régime LCEN (2004)
    Action judiciaire uniquement
    Régime DSA (2024)
    Recours interne, règlement extrajudiciaire des litiges, puis action judiciaire
02

Que doit contenir la notification adressée à l'hébergeur ?

Cette simplification procédurale s’accompagne d’une refonte du régime de responsabilité des hébergeurs.

L’abandon de la notion de contenus « manifestement illicites » \ [1\] au profit d’une conception plus large de l’illicéité \ [2\].

Cette différence, sur le papier importante, serait néanmoins plus ténue en pratique, au regard notamment du considérant 63 du DSA conservant la notion de « manifestement illicites ».

La notification envoyée par l’utilisateur estimant un contenu comme illicite (violation de propriété intellectuelle, infractions pénales etc.) doit respecter certaines caractéristiques \ [3\] :

**a)** une explication suffisamment étayée des raisons pour lesquelles le particulier ou l’entité allègue que les informations en question sont du contenu illicite ;

**b)** une indication claire de l’emplacement électronique exact de ces informations, comme l’URL ou les URL exact(s), et, le cas échéant, des informations complémentaires permettant d’identifier le contenu illicite en fonction du type de contenu et du type spécifique de service d’hébergement ;

**c)** le nom et l’adresse de courrier électronique du particulier ou de l’entité soumettant la notification, sauf dans le cas d’informations considérées comme impliquant une des infractions visées aux articles 3 à 7 de la directive 2011/93/UE ;

**d)** une déclaration confirmant que le particulier ou l’entité soumettant la notification pense, de bonne foi, que les informations et les allégations qu’elle contient sont exactes et complètes.

Une notification incomplète n'engage pas la responsabilité de la plateforme : l'URL exacte, la motivation de l'illicéité, l'identité du notifiant et la déclaration de bonne foi sont les quatre mentions décisives.

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03

III. L’encadrement rigoureux des obligations de transparence.

L’article 17 du DSA vient contrebalancer cette simplification procédurale par un renforcement significatif des obligations de transparence des hébergeurs.

Si la notification des contenus illicites est simplifiée en amont, les hébergeurs doivent en revanche justifier de manière détaillée leurs décisions de modération en aval.

L’exposé des motifs exigé par l’article 17 du DSA doit ainsi inclure des informations précises sur la nature de la mesure prise, son fondement juridique ou contractuel, les circonstances factuelles ayant conduit à la décision, et les voies de recours disponibles.

Cette exigence de transparence constitue une garantie fondamentale pour les utilisateurs, compensant la suppression des formalités préalables par un contrôle renforcé a posteriori.

Les hébergeurs doivent désormais :

- Traiter directement les signalements reçus sans attendre une démarche préalable auprès de l’auteur - Mettre en place des processus d’analyse rapide des contenus signalés - Documenter précisément chaque décision de modération - Assurer une communication transparente et détaillée avec les utilisateurs concernés.

La décision motivée exigée par l'article 17 est un document utile : elle fixe la position de la plateforme et sert de base au recours interne, au règlement extrajudiciaire puis, le cas échéant, à l'action en référé.

Comment faire supprimer un contenu illicite en ligne

  1. 01Figer la preuve du contenu

    Faire établir un constat de commissaire de justice ou, a minima, des captures horodatées mentionnant l'URL complète, la date et l'heure : le contenu peut disparaître avant l'action.

  2. 02Qualifier juridiquement le contenu

    Déterminer le fondement exact, diffamation, injure, dénigrement, atteinte à la vie privée ou au droit à l'image, contrefaçon, harcèlement : la qualification commande le délai pour agir et la recevabilité.

  3. 03Notifier l'hébergeur au titre de l'article 16 du DSA

    Adresser une notification comportant l'URL exacte, l'exposé motivé de l'illicéité, les coordonnées du notifiant et la déclaration de bonne foi, afin de faire courir la connaissance du contenu par la plateforme.

  4. 04Analyser la décision motivée de la plateforme

    L'article 17 du DSA impose à l'hébergeur d'exposer les motifs de sa décision, son fondement et les voies de recours : ce document conditionne la suite de la stratégie.

  5. 05Exercer les recours en cas de refus

    Recours interne auprès de la plateforme, saisine d'un organe de règlement extrajudiciaire des litiges, puis, à défaut de retrait, assignation en référé aux fins de suppression et, le cas échéant, d'identification de l'auteur.

Délais à retenir

17 février 2024

Entrée en application du DSA à l'ensemble des plateformes

3 mois

Prescription de l'action en diffamation (loi du 29 juillet 1881)

6 mois

Délai pour saisir un organe de règlement extrajudiciaire après la décision de la plateforme

24 h

Délai de réponse d'INFLUXIO à toute demande

04

Conclusion.

La suppression de l’obligation de notification préalable à l’auteur constitue l’une des innovations majeures du DSA.

Cette évolution, combinée au renforcement des obligations de transparence, marque une transformation profonde de la régulation des contenus en ligne. Le succès de cette réforme dépendra largement de la capacité des hébergeurs à mettre en place des processus de modération à la fois efficaces et transparents.

Les prochains mois seront cruciaux pour évaluer l’impact pratique de ces changements sur la lutte contre les contenus illicites et sur la protection des droits des utilisateurs.

L’observation de la mise en œuvre concrète de ces nouvelles obligations permettra de mesurer si le DSA a effectivement trouvé le juste équilibre entre célérité du traitement des contenus problématiques et garantie des droits des utilisateurs.

Nos avocats interviennent quotidiennement auprès des plateformes pour obtenir le retrait de contenus illicites et, lorsque leur auteur se dissimule derrière un pseudonyme, pour en obtenir l'identification judiciaire. Sur la stratégie globale de protection de votre image en ligne, voir notre page avocat e-réputation. Contactez le cabinet : nous répondons à toute demande sous 24 heures.

Questions fréquentes.

Le signalement s'effectue par le formulaire de la plateforme, mais son efficacité juridique tient à son contenu.

Une notification au titre de l'article 16 du DSA doit comporter l'URL exacte du contenu, une explication étayée des raisons pour lesquelles il est illicite, le nom et l'adresse électronique du notifiant, ainsi qu'une déclaration de bonne foi. Une notification conforme fait présumer la connaissance du contenu par l'hébergeur et ouvre sa responsabilité en cas d'inaction.

Non. Sous l'empire de la LCEN, la notification supposait une démarche préalable auprès de l'auteur du contenu, ce qui retardait considérablement les retraits. Le règlement sur les services numériques a supprimé cette exigence : la victime peut s'adresser directement à l'hébergeur. Une mise en demeure de l'auteur reste utile lorsqu'il est identifié, mais elle n'est plus un préalable procédural.

Le refus doit être motivé au titre de l'article 17 du DSA. Trois voies s'ouvrent alors : le recours interne gratuit prévu par le règlement, la saisine d'un organe de règlement extrajudiciaire des litiges certifié, et l'action judiciaire. Le référé devant le tribunal judiciaire permet d'obtenir la suppression du contenu et, le cas échéant, la communication des données d'identification de son auteur.

Le délai dépend de la qualification. Trois mois à compter de la publication pour la diffamation et l'injure publiques, régies par la loi du 29 juillet 1881. Cinq ans en matière de dénigrement, d'atteinte à la vie privée ou au droit à l'image, sur le fondement de la responsabilité civile.

En pratique, il faut agir sans attendre : les données de connexion permettant d'identifier l'auteur ne sont conservées qu'un an.

Le règlement s'applique aux services intermédiaires proposés à des utilisateurs établis dans l'Union européenne, quel que soit le lieu d'établissement du fournisseur.

Les très grandes plateformes désignées par la Commission européenne supportent des obligations renforcées, mais les obligations de notification et de décision motivée pèsent sur l'ensemble des services d'hébergement, réseaux sociaux, moteurs de recherche, places de marché et espaces de commentaires.

Un signalement peut être effectué seul, mais son taux de succès reste faible dès que la plateforme conteste l'illicéité. L'intervention d'un avocat est déterminante pour figer la preuve, retenir la bonne qualification, rédiger une notification conforme au DSA et engager les recours en cas de refus.

Elle devient indispensable pour la procédure d'identification de l'auteur et pour l'action en réparation, qui supposent une représentation en justice.

Alexandre Bigot-Joly

À propos de l'auteur

Alexandre Bigot-Joly

Avocat associé

Avocat associé cofondateur du cabinet INFLUXIO, Maître Alexandre BIGOT-JOLY a travaillé au sein de cabinets d'affaires et de collectivités auprès desquels il s'est formé à la pratique du droit des médias et de la communication, de la propriété intellectuelle et du droit pénal.

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